22/02/2020, Solastalgie, éco-anxiété... Les émotions de la crise écologique. Parce qu’elles sont aussi des moyens et pas seulement des fins ; elles ont une autre manière de se redresser que les éléphants du Turkana ou les loups. Now, try the right place. Dans un essai vif et original Baptiste Morizot et... La vie sauvage : vers une nouvelle alliance ? 11Il s’agit ici de proposer l’ébauche d’un autre genre de récit possible, que j’appelle « cohabitation diplomatique », pour imaginer nos relations aux vivants non humains. 23La tâche diplomatique dans ce contexte change de manière spectaculaire : il ne s’agit plus de dépêcher loin là-bas, sur les frontières extérieures avec la nature, ou sur le front de colonisation, des diplomates appelés à discuter avec ces nouveaux agents. 7Penser les vivants comme des altérites revient peut-être à reconnaître qu’ils habitent3. — à paraître, « Le devenir du sauvage à l’anthropocène », Comment penser l’anthropocène ?, Actes du colloque, Collège de France, Paris, 5-6 novembre 2015. La forme que prend le questionnement fondamental de l’écologie politique contemporaine, c’est alors celle du « scrupule » décrit par Bruno Latour : « Et si nous avions pris des moyens pour des fins ou réciproquement, en nous trompant dans la répartition des êtres ? Comme si rien ne s'était passé face aux œuvres. Tout est relié, non pas à tout, comme dans l’écologie cosmique qui s’intéresse d’abord au sentiment mystique de fusion avec la nature, mais à d’autres choses précises, qui sont liées par un axe imprévisible à d’autres choses précises, enchevêtrées, et ce qui nous intime de prendre soin de l’un, implique que le soin s’élargisse. 45Voilà l’interprétation qu’on peut estimer diplomatique de ce rapport d’expertise. Et conséquemment, des intérêts. » Les abeilles pollinisatrices, la grande barrière de corail, les vautours du Pendjab, les loups du Var, imaginez tous ces autochtones qui se révèlent, et disent chacun pour soi : « Moi aussi j’habite ici ». Par contraste, ils appellent désormais la gratitude, non plus des seuls Parsis dont ils assuraient auparavant le passage des dépouilles vers le ciel dans les tours du silence, mais de toutes les populations d’Inde qui souffrent des effets collatéraux majeurs de leur disparition (Van Dooren, 2014). Toute cette semaine est consacrée à l’animal. En les fragilisant, on fragilise nos conditions de vie ; elles se redressent comme des moyens qu’on détruit, et ce faisant elles deviennent visibles comme autre chose que des moyens. 15Le second point revient au mode de la cohabitation. Découvrez nos newsletters complémentaires, Actes Sud, 2018, Actes Sud, 2020, Bayard, 2019, Le Seuil, 2018, Wildproject, 2016, Réécouter Profession philosophe (68/100) : Baptiste Morizot, sur la piste du vivant, LE Les théories animalistes contemporaines s’interrogent sur la considérabilité morale des animaux (Singer, 1975), sur la nécessité de leur conférer des statuts politiques (citoyenneté, souveraineté, résidence) (Kymlicka et Donaldson, 2016), ou sur leurs aptitudes cognitives ignorées (De Waal, 2016 ; Hauser, 2001) sans implication politique. Ce n’est pas dire que tout est rose : les nuisibles à certaines cultures existent, le parasitisme et la prédation existent. Cette grammaire est explorée ici comme un genre de récits locaux et circonstanciels, voués à configurer autrement les situations écologiques problématiques, et à libérer l’imagination pratique et théorique des acteurs, lorsqu’elle est enclose par les grands récits de la modernité concernant les relations entre humains et « nature ». Toute paysannerie productiviste qui détruit la vie des sols, notamment par l’usage massif d’intrants, ne peut prétendre être émancipatrice pour le paysan, qui en est souvent la première victime, on peut l’inférer des effets de la « révolution verte »(Bourguignon et Bourguignon, 2008, p. 41). Avec quelles trajectoires de transformation des usages humains ? Berthe Marie Pauline Morisot, née le 14 janvier 1841 à Bourges et morte le 2 mars 1895 à Paris 16 e, est une artiste peintre française, membre fondateur et doyenne du mouvement d'avant-garde que fut l'Impressionnisme [1].. Elle est dans le groupe impressionniste, respectée par ses camarades et admirée. Mais elle n’invente probablement rien, mille pratiques sont déjà diplomatiques, et il s’agit juste d’un genre littéraire unifié pour leur donner toute leur portée, leur visibilité, et leur jonction possible9. Ce n’est pas qu’un problème de physiologie, c’est aussi un problème d’éthologie : ce n’est pas que les abeilles meurent directement intoxiquées, c’est qu’elles ne retrouvent pas leur ruche. Le récit diplomatique ne résout pas tous les problèmes écologiques, c’est certain, il n’est même pas sûr qu’il en résolve ; mais il entend d’abord ébranler les grands récits en présence pour contribuer à libérer l’imagination pratique et théorique. Les plus lus "La vitamine D pourrait ... ENQUETE. Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses), 2015, Co-exposition des abeilles aux facteurs de stress, Avis de l’Anses, Paris, Rapport d’expertise collective. Looking for an old soul like myself. Il s’agit ici d’interroger plutôt les effets pratiques sur les situations écologiques problématiques d’une autre manière d’enquêter qui postulerait que les vivants parmi nous par eux-mêmes sont à penser comme des cohabitants – et non comme notre environnement. 52C’est un paradoxe écopsychologique qu’on soulève ici : les activités humaines qui ont à faire avec les non-humains sont toutes, sans exception, devant l’alternative de se penser en termes de partenariats complexes et fragiles avec les vivants, ou en termes de contrôle d’une communauté biotique réifiée en matière, contrôle dont l’opération de base est le couplage exploitation maximisée-éradication des nuisibles. 12Il est probablement d’abord adapté aux situations de conflit (avec les loups en Europe, les tigres des Sundarbans, les éléphants du lac Turkana…) mais il s’exporte assez volontiers à toutes les questions de cohabitation où une population de non-humains, une relation écologique, se dresse ou fait problème (les vautours chaugoun d’Inde, les abeilles domestiques qui disparaissent, la microfaune des sols qui pâtit de l’agriculture productiviste). La réflexion et les écrits de Baptiste Morizot s'ancrent autour des relations entre l’humain et le vivant, et s’appuient sur des pratiques de terrain.... D’après les services météorologiques américains, les fumées qui se dégagent des incendies qui ravagent actuellement l'Ouest des Etats-Unis sont désormais... Dernière rencontre de notre série, ce soir, deux disciplines, deux générations, et une préoccupation commune : la nature. Laclau Ernesto, 2008 [2005], La raison populiste, Paris, Le Seuil. Ses recherches portent principalement sur les relations entre l'humain et le reste du vivant. 5 La formule est empruntée à Achille Mbembe, « La France peine à entrer dans le monde qui vient », Libération, 1er juin 2016. Ce faisant il se redresse depuis l’aplatissement de la terre propre aux modernes, et il faut bien en faire quelque chose. Tarragoni Federico, 2015, « Vers une logique générale du politique : identités, subjectivations et émancipations chez Laclau » [en ligne], Revue du MAUSS permanente, 25 janvier, [URL : http://www.journaldumauss.net/./?Vers-une-logique-generale-du]. Revenir aux questions locales, c’est-à-dire atterrir, sur le sol à chaque fois circonstancié, exige d’autres modes de discours. La cohabitation diplomatique constitue une grammaire conceptuelle pour formuler et donc faire exister autrement des problèmes de relations avec les non-humains, et en particulier les vivants. La formulation du problème philosophique sur lequel on peut désormais enquêter devient, pour pousser les murs et inventer un espace à explorer entre hybridation absolue et grand partage : comment reconnaître leur altérité constitutive, sans revenir à la séparation dualiste des modernes ? 35Pourquoi un récit diplomatique serait-il pertinent à l’anthropocène ? Est dite férale ici toute forme de vie (population considérée en termes de potentiels évolutifs, mais tout aussi bien communauté biotique) qui, bien que transformée par son contact avec l’activité technique humaine, reprend la main, c’est-à-dire impose au cours du devenir des dynamiques qui sont induites par sa puissance éco-étho-évolutionnaire propre, et non par les stricts desiderata ou effets des activités humaines qui l’infléchissent. Des néonicotinoïdes sont interdits sans effets visibles sur la mortalité, ce qui n’infirme rien, si ce n’est que ça ne peut être la seule cause de ce déclin. Épisode 68 : Baptiste Morizot, sur la piste du vivant. Défendu par les tenants du good Anthropocene, ce second grand récit postule une techno-nature hybride, où tout le non-humain serait hybridé d’humain, occultant toute altérité, toute extériorité, toute étrangeté de ce qu’on appelait auparavant la « nature ». Tout ce qui nous fait de l’effet gagne un nom. C’est justement un corollaire logique de l’idée d’anthropocène d’impliquer que même l’érème le plus reculé est transformé, que ce soit par le réchauffement climatique global, ou par les grands mouvements atmosphériques et océaniques de pollution, ce qui modifie les conditions de vie de toutes les communautés biotiques de la terre. En s’imposant dans les débats, en faisant des dégâts, ou bien en mourant, ils font des OPA sur l’attention collective, ils recrutent des scientifiques et des citoyens comme porte-parole. Essays on livelihood, dwelling and skill, Londres, Routledge. Revue de Sciences humaines [En ligne], 33 | 2017, mis en ligne le 19 septembre 2017, consulté le 03 décembre 2020. Baptiste Morizot : «Sur la piste du loup, l’homme, dépourvu de nez, doit éveiller l’œil qui voit l’invisible, ... Ces femmes et ces ours font et mangent la même chose. Des diplomates pour chaque espèce pollinisatrice, chaque barrière de corail, chaque relation agissante. LE Dans les modes de distribution, le circuit court s’y articule comme une alliance objective qui tisse un grand nombre d’acteurs, producteurs et consommateurs, et vivants à bien plus grande échelle. — 2012, Enquête sur les modes d’existence, Paris, La Découverte. Dans ces cas-là, leur activité doit être défendue par des aides, des initiatives multiples, locales et institutionnelles. Bonneuil Christophe et Fressoz Jean-Baptiste, 2013, L’événement Anthropocène, Paris, Le Seuil. Cohabitants est plutôt le nom induit par un type de relation fondatrice qu’on entretient avec eux. 44C’est la question de l’interaction entre les facteurs qui les intéresse : « L’expertise souligne le caractère multifactoriel des causes de mortalité des colonies d’abeilles et met en évidence le rôle des co-expositions aux pesticides et aux agents infectieux dans le déterminisme de leur effondrement » (Anses, 2015, p. 11). Kymlicka Will et Donaldson Sue, 2016 [2011], Zoopolis, Paris, Alma Éditions. Une cohabitation diplomatique avec le vivant, Forging new alliances with the land. Leur spécificité est importante parce qu’à l’horizon, c’est la crise du vivant et de nos relations au vivant que ce travail entend ne pas perdre de vue. 4Ce qui m’intéresse ici, c’est de montrer comment ces deux cartes opposées (grand partage ou hybridation) qui entendent chacune mobiliser la totalité des possibles, masquent en fait la possibilité et la nécessité d’autres types de récits pour raconter l’anthropocène aux humains. Et ce faisant, elles nous indiquent des directions nouvelles, des trajectoires de transformation dont elles se font les alliées objectives. Ils sont des moyens, car c’est souvent d’abord parce que leur fragilisation met nos vies en danger que nous les faisons lever grâce aux porte-parole. 10 Notons qu’on peut découpler le genre « cohabitation diplomatique » de la présence d’alliances effectives (bien que dans le cas des activités productives, un faisceau d’indices permet de penser qu’elles sont omniprésentes, du seul fait que ces dernières reposent sur des dynamiques écologiques impliquant toujours les communautés biotiques). Il s’agit d’« activer » les vivants du point de vue de leurs invites géopolitiques : comment ils peuvent en un sens particulier, s’allier à nous, peser, jouer un rôle, entrer en lutte. Baptiste Morizot est un philosophe et écrivain français, agrégé et docteur en philosophie, diplômé de l’École normale supérieure de Lyon et maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille. — 2015, Face à Gaïa, Paris, La Découverte. Baptiste Morizot (Auteur) 5 ( 4 ) Google Nest Mini à 19.99€* -5% livres en retrait magasin Il s'agit avant tout d'un problème géopolitique : réagir au retour spontané du loup en France, et à sa dispersion dans une campagne que la déprise rurale rend presque à son passé de « Gaule chevelue ». Le diplomate est celui qui se présente aux non-humains qui se sont levés, et qui doit trouver pratiquement comment élaborer avec eux un monde commun meilleur. Les stoïciens vous répondent, L'intellectuel sur le terrain : il y a 20 ans, Bourdieu face aux "sociologues de gouttières", Mort de la compositrice Anne Sylvestre, après 60 ans de chansons féministes, drôles ou enfantines, Réécouter Anne Sylvestre : "Je me vois comme un écrivain public : je trouve les mots", Anne Sylvestre : "Je me vois comme un écrivain public : je trouve les mots", Raviver les braises du vivant, un front commun, Manières d'être vivant : enquêtes sur la vie à travers nous. Les abeilles, dans cette perspective, deviennent les alliées objectives de transitions vers des usages du territoire et des pratiques plus soutenables. 13Dans l’idée de cohabitation diplomatique appliquée à l’écologie politique, il n’y a plus de confrontation dualiste entre deux pôles séparés et antagonistes (nature et humains), pas plus qu’il n’y a de fusion ou d’hybridation dans une postnature de cyborg : il y a de la cohabitation entre des humains et d’autres cohabitants non humains (abeilles pollinisatrices, communautés biotiques d’un bassin-versant, loups interstitiels, barrières de corail, vautours chaugoun, vie des sols…), qui sont parmi nous mais « par eux-mêmes ». Aujourd’hui, la philosophie et l’éthologie permettent une nouvelle diplomatie animale avec Baptiste Morizot. Rethinking Modernity in a New Epoch, C. Hamilton, F. Gemenne et C. Bonneuil éd., Londres, Routledge, p. 123-133. A conceptual, and possibly practical, return to a nature not intended for humans », The Anthropocene and the Global Environmental Crisis. Consultez le profil complet sur LinkedIn et découvrez les relations de Jean-Baptiste, ainsi que des emplois dans des entreprises similaires. ), Une nouvelle carte du vivant (Loup y es-tu ? Ces derniers se lèvent parce qu’une certaine conscience écologique les valorise du seul fait de leur existence, alors qu’ils ne sont pas des moyens directs de nos existences collectives, ils ne sont pas directement impliqués dans des relations productives. Cohabitants m’a semblé une solution conceptuelle fonctionnelle avant que je comprenne pourquoi. 02/05/2016, Réécouter 2020, une année SF : "Ce monolithe, c'est un gigantesque S.O.S", 2020, une année SF : "Ce monolithe, c'est un gigantesque S.O.S", Réécouter Quand l'alcool n'est pas une fête, Réécouter La Suisse, ce nouveau paradis des fraudeurs du ski, La Suisse, ce nouveau paradis des fraudeurs du ski, Réécouter L'effondrement et moi (1/4) : Paris, 42°, Réécouter Des centaines de milliers de sangliers en France : le grand remplacement, Des centaines de milliers de sangliers en France : le grand remplacement, Réécouter Confinés avec… les philosophes antiques (3/4) : Comment tenir bon ? Il lutte contre le déclin des activités humaines rurales soutenables. Ils se lèvent au sens où ils se redressent sur un monde auparavant aplati par la métaphysique des modernes, où il n’y avait que des personnes humaines debout, seuls êtres politiques et fins qui méritent l’attention, et de la matière plate, ressource, pur moyen qui n’exige qu’exploitation rationnelle ou sanctuarisation locale à des fins de ressourcement spirituel. Le fait qu’ils soient aussi des fins, en des sens encore énigmatiques, change nécessairement notre manière de les utiliser comme moyens. La diplomatie écologique envers les non-humains est une politique intérieure : envers des cohabitants parmi nous, « hétérogènes mais interdépendants » (Hache, 2011). Certains produits phytosanitaires sont aussi soupçonnés d’affaiblir les capacités d’orientation des abeilles, même à des doses infimes. Ils se redressent, et acquièrent non pas spontanément ce faisant le statut de personne (c’est un statut légal ou ontologique, dont la pertinence appliquée aux non-humains est débattue et discutable), mais différentes figures d’êtres aux statuts pas encore inventés, dont on sait tout au plus qu’ils exigent notre attention, qu’ils exigent a minima qu’on les considère, qu’on les valorise.